Année
Européenne des Langues 2001
L’Année
Européenne des Langues qu’on célèbre
en grande pompe actuellement, ne doit pas dissimuler
une triste réalité : le recul constant,
depuis plusieurs décennies, des langues
vivantes autres que l’anglais, tel l’allemand,
paradoxalement, dans l’Est de la France !
L’anglais
est devenu de facto, en Europe, la langue privilégiée
de communication internationale, mais aussi intranationale,
comme la menace s’en fait sentir en Suisse (1).
Pour
remédier à cet état de choses,
le Monde Bilingue a proposé aux Instances
européennes l’adoption d’un Mémorandum
pour une politique pluraliste des langues en Europe.
C’est de ce Mémorandum qu’a été
tiré le projet de résolution pour
l’Unesco.
Le
Monde Bilingue propose que l'accent soit
mis durant l'Année Européenne des
Langues 2001, sur la nécessité de
mettre en place une politique pluraliste des langues
en Europe, basée sur une éducation
bilingue précoce et immersive, réalisée
dans le cadre d'un enseignement plurilingue.
Cette
proposition trouve sa justification dans les résolutions
adoptées fin 1999 par les Nations
Unies, UNESCO et ONU.
Au
niveau de l’Europe, il existe une certaine frilosité
sur la question des langues. Certes, dans le contexte
de sa récente réorganisation, la
Commission Européenne vient de créer
au sein de la Direction Générale
Éducation et Culture, une “Unité”,
intitulée : Politique des langues, mais
une telle politique doit émaner de la volonté
des États, comme ce fut le cas aux Nations-Unies,
tandis que les questions techniques, de techniques
linguistiques en l'occurrence, sont du ressort
des administrations. Mis à part les programmes
qui ont contribué à développer
les échanges internationaux et élevé
le tourisme au niveau d'une méthode d'apprentissage
des langues vivantes, on ne peut que constater
un certain flou de la politique linguistique que
Bruxelles entend conduire et des voix autorisées
s'élèvent de plus en plus nombreuses
sur les raisons du retard européen.
Parmi
celles-ci :
-
Claude Hagège, titulaire de la chaire de
théorie linguistique au Collège
de France, qui écrit en 1997 au Président
de la République Française : “Si
la dimension linguistique et culturelle continue
d'être absente du Traité de Maastricht,
l'irréversible sera atteint : la diffusion
incontrôlée de l'anglais et, par
conséquent, la marginalisation du français
et des autres langues européennes”,
-
Jack Lang, président de la Commission des
Affaires Étrangères de l'Assemblée
Nationale (Paris), qui écrit dans Le Temps,
de Genève, le 7 juillet 98 : “L’Europe
risque, si elle ne réagit pas, d'être
soumise à la férule sclérosante
d'une langue unique.."
-
Franz-Joseph MEISSNER, Professeur des Universités,
Président de la Fédération
allemande des professeurs de français,
Giessen (Allemagne), qui écrit le 15 juillet
99 au Monde Bilingue : “Malgré les efforts
de la France en ce domaine, l'Europe reste plutôt
insensible face aux problèmes suscités
par le tout anglais”.
Propositions
1.
Le "Mémorandum pour une politique pluraliste
des langues en Europe et l'adoption d'une stratégie
du plurilinguisme", préfacé par
le Professeur Claude Hagège, devrait pouvoir
être soumis aux Institutions Européennes,
au plus haut niveau de décision, comme
il a été procédé à
l'UNESCO et à l'ONU, dont les résolutions
ont été élaborées
à partir des principes politiques et pédagogiques,
ainsi que des objectifs de ce Mémorandum
européen.
On
s'acheminerait alors vers une politique linguistique
européenne commune, fondée sur le
pluralisme ;
2.
les ministres de l'Éducation et de la Culture
des pays européens pourraient être
invités à prendre, parmi d'autres,
les initiatives suivantes :
2.1.
charger leurs services de faire connaître
ce Mémorandum, pour en permettre la discussion
dans les Académies et les établissements
scolaires et universitaires et ouvrir le nécessaire
dialogue,
2.2.
proposer à la jeunesse un concours de
rédaction, qui devrait pouvoir bénéficier
du patronage du Programme LINGUAPAX de l'Unesco,
dont le sujet pourrait être :
“Dans
quelle mesure la connaissance précoce
de plusieurs langues peut-elle constituer un
atout supplémentaire pour l'avenir des
jeunes, hâter la construction européenne
et développer la réflexion sur
les droits de l’Homme et l'idée de la
paix par les langues ?”,
2.3.
mettre au concours général de
philosophie un sujet concernant la paix dans
le monde par les langues ;
3.
conformément aux propositions du Mémorandum,
tous les décideurs, enseignants, formateurs,
chercheurs, linguistes, hommes des médias
et élus locaux seraient appelés
à soutenir l'exigence d'une nouvelle politique
des langues en Europe :
3.1.
par la création au niveau local, régional,
national, de Comités d'étude et
de proposition, pour l'instauration d'un véritable
plurilinguisme en Europe,
3.2.
par la demande d'un débat sur la politique
linguistique dans les parlements nationaux et
dans les institutions européennes,
3.3.
par une campagne d'information du grand public
et, notamment, des parents d'élèves,
des étudiants et des élèves,
sur les orientations et les enjeux de cette
politique des langues en Europe,
3.4.
par un vaste programme d'échanges d'enseignants
en leur proposant, avec de solides garanties
quant à leurs statuts et à leurs
carrières, un cadre légal pour
aller enseigner leurs disciplines dans les écoles
des autres pays, en utilisant leurs propres
langues maternelles et en permettant ainsi aux
élèves à la fois l'acquisition
du savoir et l'apprentissage de la langue vivante.
Il
est temps que l'Europe s'élève au-dessus
des mesures technocratiques et bureaucratiques,
à usage plus ou moins interne, pour parler
d'une seule voix, à l'instar des Nations
Unies, en faveur d'une grande politique linguistique
pluraliste conforme à son génie
et qui profite à l'ensemble des populations
plutôt qu'à une seule élite
autoproclamée.
Jean-Paul
COLIN et Michel BUGNON-MORDANT
mars
2000
Commentaire
du Conseil de l’Europe
Extrait
de la lettre du 27 mars 2000 de M. Gabriele
MAZZA, directeur délégué,
Direction de l'Education et de l'Enseignement
Supérieur, au Conseil de l'Europe
“Le
Secrétaire général m'a chargé
d'accuser réception de votre lettre du
8 mars 2000 proposant des suggestions pour la
préparation de l’Année européenne
des langues, et le “Mémorandum
pour une politique pluraliste des langues en Europe
et l'adoption d'une stratégie du plurilinguisme”.
Je vous remercie de ce texte intéressant,
ainsi que de la lettre de Mme Dreifuss que vous
avez bien voulu joindre, qui ont retenu toute
notre attention d'autant que s'y reflète
une expression forte de la politique linguistique
du Conseil de l'Europe...
Nous
convenons donc volontiers que
“le problème posé
est celui du plurilinguisme et de l'identité
culturelle”. Nous estimons que le plurilinguisme
et le pluriculturalisme sont des composantes fondamentales
de la citoyenneté démocratique dans
une Europe qui est et qui restera multilingue.
Nous
avons pris bonne note de vos propositions très
concrètes. En ce qui concerne le concours
pour les jeunes sur le thème
“La paix par les langues”, qui
pourrait être patronné par le Programme
LINGUAPAX de l'Unesco, nous proposons d'en discuter
avec sa Division des Langues qui est notre inter-locuteur
pour l’Année des Langues.
Cette
proposition pourrait également être
soumise comme thème pour le concours
“L'Europe à l'école”,
en automne 2001, qui sera consacré à
l’Année des langues.
Quant
au Mémorandum que vous nous proposez
de diffuser sous forme d'un manifeste, nous estimons
qu'il fournit une base intéressante pour
un dialogue entre les partenaires directement
concernés par l'éducation bilingue
et la mobilité des enseignants, ainsi que
la mobilité éducative et professionnelle.
Votre
Mémorandum permet d'approfondir une mesure-clé
et nous en tiendrons compte dans la réflexion
et les discussions sur la politique linguistique
non seulement en 2001, mais aussi dans le suivi
à donner aux initiatives lancées
pendant l’Année des langues ”.
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(1)
Le Conseil National (Parlement) suisse réuni
en session (mars 2001), dans le Canton du Tessin,
à Lugano, a adopté une résolution
privilégiant les langues nationales, antérieurement
à l’acquisition d’une langue étrangère,
en l’occurrence l’anglais. Il appartiendra au
Conseil des Etats de se prononcer en dernier lieu.
Depuis quelques années, le Monde Bilingue
avait fait campagne en Suisse, en faveur d’une
telle solution, conformément à la
résolution adoptée par la 30e Conférence
générale de l’Unesco.
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