Projet de manifeste pour une politique linguistique pluraliste
au service de la paix par les langues

LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LE PLURILINGUISME, réunie du   3 au 10 novembre 2001, à Babylone,

- reconnaissant la nécessité d'améliorer la compréhension et la communication entre les peuples, au moment d'aborder le 3e millénaire,

- reconnaissant qu'il est indispensable de préserver et développer le patrimoine linguistique et culturel de l'humanité et de favoriser le rayonnement de chacune des civilisations et des langues qui en sont l'expression,

- considérant le péril qui menace aujourd'hui la diversité linguistique en raison de la mondialisation de la communication et des tendances à l'utilisation d'une langue unique, avec les risques de marginalisation des autres langues majeures du monde, voire de disparition des langues de moindre diffusion, ainsi que des langues régionales,

- considérant que l'éducation de la jeunesse, partout dans le monde, implique une sensibilisation au dialogue entre les cultures, source de tolérance, de respect mutuel et de paix dans le monde,

- considérant que des progrès notables ont été accomplis dans les dernières décennies par les sciences du langage, mais qu'il n'en a pas été tenu suffisamment compte pour renouveler la pédagogie des langues vivantes,

 - prenant acte que les facultés acquisitionnelles du jeune enfant sur le plan de la phonétique et de la grammaire sont scientifiquement confirmées, en particulier ses extraordinaires capacités à reproduire les sons à l'âge des périodes sensibles,

- considérant que ces capacités permettent dans le jeune âge d'acquérir une compétence de “communication réelle, passive et active”*, dans deux langues au moins, quelles qu'elles soient,

- réalisant que l'accès démocratique au savoir passe par la maîtrise de plusieurs langues et que favoriser un tel accès à tous est un devoir au moment où se développe dans de nombreux pays un enseignement privé des langues, coûteux et élitiste,

- attendu les résolutions adoptées en faveur de l'éducation bilingue lors des 18e et 19e Conférences Générales de l'UNESCO (1974-76), tout particulièrement la résolution sur le plurilinguisme adoptée le 17 octobre 1999 par la 30e Conférence Générale et celle votée par la 54e Assemblée Générale des Nations Unies, en décembre 1999, sur le multilinguisme,

- attendu la motion du Conseil des Ministres de l'Éducation des Douze (Europe), en 1984, recommandant "la connaissance pratique de deux langues en plus de la langue maternelle",

- attendu la motion du 27 avril 1989, à Paris, votée par la Conférence (nationale) des Présidents d’Université  approuvant le projet du Monde Bilingue et demandant aux autorités compétentes, nationales et européennes, de prendre les mesures nécessaires pour qu'une telle politique puisse être mise en œuvre dans les meilleurs délais”,

- attendu le précédent que constitue la motion votée par l'Assemblée des Régions d'Europe (ARE) à Madrid, le 2 juin 1989, qui propose une adjonction à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, concernant le droit de tous à une éducation bilingue,

- attendu l'adoption par le Conseil de l'Europe, le 24 juin 1992, de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires demandant aux États et collectivités régionales de donner aux communautés de langues régionales ou de langues minoritaires les moyens de leur existence linguistique, tout en veillant aux langues nationales qui assurent l'unité de la communication dans chaque pays,

- prenant en compte la création par le Conseil Exécutif de l'UNESCO, en octobre 1998, d'un Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'enseignement plurilingue, ainsi que la création par la Commission Européenne d'une Unité  intitulée Politique des Langues, au sein de la Direction Générale Éducation et Culture,

recommande aux gouvernements de tous les pays :

1. de créer les conditions d'un environnement social, intellectuel, médiatique, en vue de favoriser l'avènement d'un nouvel ordre linguistique international, fondé sur le plurilinguisme,

2. de promouvoir à travers une éducation plurilingue un accès démocratique au savoir pour tous les citoyens, quelles que soient leurs langues maternelles et de construire le plurilinguisme sur une éducation bilingue, à la base, notamment par :

2.1. l'acquisition précoce (jardin d'enfants, école maternelle), en plus de la langue maternelle, d'une seconde langue, en diversifiant les choix : par exemple, en donnant la priorité aux langues nationales dans les pays multilingues, ainsi qu'aux langues de proximité dans les régions frontalières,

2.2. la poursuite de l'apprentissage de cette seconde langue dans l'enseignement primaire, par approche véhiculaire, c'est-à-dire en utilisant deux langues pour l'acquisition de compétences disciplinaires diverses tout au long du cursus scolaire et jusqu'à l'Université,

2.3. l'apprentissage intensif et transdisciplinaire d'au moins une troisième langue vivante dans l'enseignement secondaire, de telle façon qu'en fin de scolarité l'élève puisse s’exprimer en trois langues, - ce qui devrait constituer l'éventail normal des connaissances et pratiques linguistiques au XXI° siècle,

2.4. la création de nouveaux diplômes de fin d'études secondaires privilégiant la maîtrise de trois langues vivantes, à la fois comme instruments de communication et outils de développement cognitif,

2.5. un échange international d'instituteurs et de professeurs leur proposant un cadre légal pour aller enseigner leurs disciplines dans les écoles des autres pays, en utilisant leurs propres langues et en permettant ainsi aux élèves l'acquisition à la fois du savoir et de la langue,

2.6. la prise en compte dans l'éducation, la formation professionnelle et l'entreprise, de l’énorme gisement de compétences linguistiques à l'abandon (langues minoritaires ou régionales, langues d'origine des migrants) ;

2.7. la mise à disposition des enseignants et des autorités éducatives du plus grand nombre de pays d'un réseau informatique, ainsi que d'une banque de données, notamment sur Internet,

3. de favoriser l'étude des langues des grandes civilisations anciennes et modernes, afin de sauvegarder et promouvoir les enseignements littéraires.

La Conférence de Babylone souhaite, enfin

que dans chaque pays, soit mis en place un Comité national et ou régional d'étude et de proposition sur le plurilinguisme, afin d'ouvrir le nécessaire dialogue entre les représentants de toutes les professions, de toutes les disciplines pour leur permettre de dégager les grandes lignes d'une éducation linguistique adaptée à chaque pays, mais aussi propre à faciliter la communi-cation internationale, tout en préservant le riche et inaliénable patrimoine linguistique et culturel de l'humanité.

-- retour en haut de page

 
 
Le manifeste :
 
  • L'objectif premier de la conférence "Babylone 2001" est de sensibiliser le grand public à la diversité linguistique : l'anglais, langue de communication internationale, oui, langue unique, non !

 

Retour à Babylone 2001