Résolution adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO
le 6 novembre 1999.

Amendement au projet de programme et de budget pour 2000-2001 (30 C/5)

présenté par BELIZE, le BENIN. le CHILI, CUBA, le GUATEMALA, la GUINÉE ÉQUATORIALE, HAÏTI, le KAZAKHSTAN, la LITUANIE, le PANAMA, la RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO, la RÉPUBLIQUE DOMINICAINE, le RWANDA, SAINT-MARIN, les SEYCHELLES, la SLOVAQUIE et la THAÏLANDE 

appuyé par l' ÉQUATEUR, la FRANCE, la BELGIQUE, le PÉROU et le VIET-NAM


Mise en œuvre d'une politique linguistique mondiale 
fondée sur le plurilinguisme

La Conférence générale, 

Reconnaissant  la nécessité d'améliorer la compréhension et la communication entre les peuples, 

Reconnaissant également qu'il est d'une grande importance de sauvegarder le patrimoine linguistique et culturel de l'humanité et de favoriser le rayonnement de chacune des cultures et des langues qui en sont l'expression, 

Considérant le péril qui menace aujourd'hui la diversité linguistique en raison de la mondialisation de la communication et des tendances à l'utilisation d'une langue unique, avec les risques de marginalisation des autres langues majeures du monde, voire de disparition des langues de moindre diffusion, y compris des langues régionales,

Considérant également  que l'éducation de la jeunesse, partout dans le monde, implique une sensibilisation au dialogue entre les cultures, source de tolérance et de respect mutuel,

Considérant en outre  que des progrès notables ont été accomplis dans les dernières décennies par les sciences du langage, mais qu'il n'a pas été tenu suffisamment compte des extraordinaires capacités des enfants à reproduire les sons à l'âge des périodes sensibles,

Prenant acte  de ce que les aptitudes du jeune enfant à assimiler la phonétique et la grammaire sont  scientifiquement confirmées,

Considérant  que ces aptitudes permettent d'acquérir dans le jeune âge une capacité de communication réelle, passive et active, dans deux langues au moins, quelles qu'elles soient,

Consciente que l'accès démocratique au savoir passe par la maîtrise de plusieurs langues et que favoriser un tel accès à tous est un devoir au moment où se développe dans de nombreux pays un enseignement privé des langues, coûteux et élitiste,

Ayant à l'esprit  les résolutions adoptées en faveur de l'éducation bilingue à ses 18e et 19e sessions (1974 et 1976),

Prenant en compte  la création par le Conseil exécutif, en octobre 1998, du Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'enseignement plurilingue, et la création par le Directeur général, en 1998, de la Division des langues, au sein du Secteur de l'éducation,

1. Recommande aux Etats membres

(a) de créer les conditions de la création d'un environnement social, intellectuel et médiatique à caractère international, en vue de favoriser le plurilinguisme ;

(b) de promouvoir à travers une éducation plurilingue un accès démocra-tique au savoir pour tous les citoyens, quelle que soit leur langue maternelle et de construire le plurilinguisme ; les stratégies permettant d'atteindre ces objectifs pourraient inclure :

i) l'acquisition précoce (jardin d'enfants, école maternelle), en plus de la langue maternelle, d'une seconde langue, choisie parmi plusieurs options ;

ii) la poursuite de l'apprentissage de cette seconde langue dans l'enseignement primaire, selon l'approche véhiculaire, c'est-à-dire en utilisant deux langues pour l'acquisition de connaissances tout au long du cursus scolaire et jusqu'à l'Université ;

iii) l'apprentissage intensif et transdisciplinaire d'au moins une troisième langue vivante dans l'enseignement secondaire, de telle façon qu'en fin de scolarité l'élève puisse s'exprimer en trois langues - ce qui devrait constituer l'éventail normal des connaissances linguistiques pratiques au XXIe siècle ;

iv) une évaluation des diplômes de fin d'études secondaires en vue de favoriser une maîtrise des langues vivantes qui permette la communication et la compréhension ;  

(v) un échange international d'instituteurs et de professeurs du secondaire qui offre à ceux-ci un cadre légal pour aller enseigner leurs disciplines dans les écoles des autres pays, en utilisant leur propre langue et en permettant ainsi aux élèves d'acquérir des connaissances tout en apprenant cette langue ;

(vi) la prise en compte dans l'éducation, la formation professionnelle et les entreprises du réservoir de compétences linguistiques que représentent les langues régionales, les langues minoritaires là où elles existent et les langues d'origine des migrants ;

(vii) la mise à disposition des enseignants et des autorités éducatives d'un réseau informatique, ainsi que d'une banque de données, facilitant les échanges d'informations et d'expériences ;

(viii) de mettre en place un comité national et/ou régional d'étude et d'élaboration de propositions sur le plurilinguisme, afin d'ouvrir le nécessaire dialogue entre les représentants de toutes les professions et de toutes les disciplines pour leur permettre de dégager les grandes lignes d'une éducation linguistique adaptée à chaque pays, mais aussi propre à faciliter la communication internationale, tout en préservant le riche et inaliénable patrimoine linguistique et culturel de l'humanité ;


(c) de favoriser l'étude des langues des grandes civilisations anciennes et modernes, afin de sauvegarder et promouvoir les enseignements littéraires ;

2. Invite le Directeur général à saisir de cette question le Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l’enseignement plurilingue.

-- retour en haut de page

 
 
Textes fondateurs :
 
  • Le Mémorandum pour une politique pluraliste des langues en Europe et l'adoption d'une stratégie du plurilinguisme est à la source des autres textes présentés ici ainsi que du Manifeste de Babylone, également présenté dans la section consacrée à la conférence.