Monsieur
le Premier Ministre,
Je
me permets d'attirer votre attention sur
la candidature du Monde Bilingue à
l'attribution du prix Nobel de la Paix
2002. Vous savez sans doute que cette
candidature a été proposée
à Monsieur le Directeur de l'Institut
Nobel par Madame Christiane Taubira, Députée
de la Guyane et membre de la Commission
des Affaires étrangères
de l'Assemblée Nationale.
Il
n'est vraisemblablement pas nécessaire
que je m'étende sur les mérites
qu'a acquis le Monde Bilingue depuis plus
de 50 ans pour favoriser les contacts
entre les peuples et promouvoir la détente
et la paix mondiales. Les jumelages entre
villes de tous les pays ont marqué
la deuxième moitié de notre
XXème siècle et il est surprenant
que cette oeuvre immense, puisant aux
racines de notre humanisme, n'ait pas
reçu de reconnaissance officielle.
Mais
je voudrais souligner un mérite
peut-être moins connu du Monde Bilingue:
sa conscience aiguë de l'évolution
des langues du monde et son aptitude à
modeler son action en conséquence.
C'est ainsi qu'au lendemain de la deuxième
guerre mondiale, il a recommandé
des formules de bilinguismes dont la langue
anglaise était le facteur commun.
Il s'acquittait ainsi d'une dette de reconnaissance
envers nos alliés, en même
temps qu'il jetait les bases d'une intercompréhension
universelle.
Lorsqu'il
devint 30 ans plus tard évident
que la langue anglaise étendait
son emprise sur toute la planète
et qu'un nombre considérable de
langues du monde étaient menacées
de disparition, le Monde bilingue perçut
le danger et recommanda des formules de
bilinguisme n'intégrant plus la
langue anglaise, celle-ci pouvant être
acquise ultérieurement avec facilité
par un bilingue précoce.
Lorsqu'en
outre les langues régionales de
France redressèrent la tête
à partir des années 1970
et que s'ouvrirent au Pays basque, en
Catalogne Nord, en Bretagne, en Occitanie
et en Alsace des classes immersives dans
les milieux associatifs et des classes
bilingues paritaires dans l'enseignement
public, le Monde Bilingue comprit le renouveau
éducatif qui s'amorçait
ainsi et vit bien là l'indispensable
contrepoids au phénomène
de mondialisation croissante. Vous n'ignorez
pas que les promoteurs des langues régionales
ont été accusés de
collaboration avec l'ennemi, de pétainisme,
de communautarisme, d'atteinte à
l'unité de la République.
Ancien résistant, comme vous savez,
et républicain convaincu, Jean-Marie
Bressand aurait pu ajouter foi à
ces graves accusations. Mais il a su discerner
le vrai du faux et il a alors, sans hésitation,
dénoncé ces procès
d'intention et réclamé justice
pour les langues de France, dans l'intérêt
de nos enfants, de notre pays, de l'Europe
et du monde. L'expérience prouve
que l'acquisition ultérieure de
l'anglais ou de tout autre langue de l'Europe
ou du monde est pour un bilingue précoce
français-basque, français-catalan,
français-occitan, français-alsacien-allemand
un jeu .... d'enfant.
Il
est enfin couramment admis en France et
hors de France que le modèle immersif
est une invention canadienne. Cette conviction
est erronée. C'est à l'initiative
du Monde Bilingue, que les villes de Luchon
(Pyrénées françaises)
et d'Harrogate (Yorkshire) en 1951, puis
celles d'Arles (Provence) et York (Pennsylvanie)
en 1953 échangèrent leurs
institutrices. Sous l'impulsion d'Alice
Delaunay, Inspectrice Générale
des écoles maternelles, la formule
connut un réel essor à partir
de 1964 dans l'Académie de Bordeaux.
A la fin des années 60, l'on y
dénombrait 800 classes immersives
! Cette innovation française fut
boudée par notre pays et privée
de moyens. C'est en 1965 seulement que
furent ouvertes à Montréal
les classes immersives canadien-nes qui
furent tellement soutenues par les psycholinguistes
et sociolinguistes du pays qu'on les considère
depuis comme un brevet canadien. Il serait
temps que la paternité du Monde
bilingue soit reconnue et que justice
soit rendue.
J'exprime
donc l'espoir que vous pourrez soutenir
l'initiative de Madame Christiane Taubira.
Vous
remerciant par avance de l'attention que
vous voudrez bien accorder à cette
requête, je vous prie d'agréer,
Monsieur le Premier Ministre, l'assurance
de ma très déférente
considération.
Jean
PETIT